La formation est un tremplin pour changer de voie et se réinventer.


Echange avec Raphaëlle Covilette


Raphaëlle Covilette est la CEO et l’une des trois co-fondatrices de Kokoroe, une plateforme de formation en ligne aux compétences de demain à travers des formats ludiques et innovants.



Marie : Le personal branding c’est un sujet qui te parle à plusieurs niveaux - ça fait partie des softs skills à développer pour le travail de demain - et à ce titre a sa place sur votre plateforme - mais c’est aussi quelque chose que tu fais à titre personnel, pour incarner l’entreprise. Est-ce que c’est une évidence pour toi, quelle est ta vision de la communication personnelle et comment tu le fais au quotidien ?


Raphaëlle : Quand tu es entrepreneur·e, c’est inévitable d’incarner ta boite.

Communiquer c’est vendre.

On parle de notre histoire à toutes les trois et on rassure : on est trois amies et avec ma sœur jumelle, on est des nanas un peu « next door ». C’est important, on est plein à faire de la formation en ligne mais on se dit aussi que ça va être sympa de bosser avec nous.

A Kokoroe, on utilise principalement LinkedIn et Twitter mais on ne peut pas tout faire et être bon dans tout. Pour nous, l’idée, c’est de prendre la parole sur trois sujets.

  1. D’abord, on parle d’entrepreneuriat féminin – c’est assez rare, et donc utile mais aussi vendeur.

  2. On a aussi une grosse prise de parole sur le sujet du future of work, surtout en ce moment. On écrit donc des articles, des tribunes, ça va au-delà du post sur les réseaux sociaux et on a aussi le projet d’écrire un livre.

  3. Enfin, on s’exprime sur la question de l’inclusion parce qu’il y a un gros problème d’inclusion dans la formation : les formations sont souvent données par des hommes blancs de 40 ans et plus. Nos formateurs ont de 20 à 77 ans et on aborde aussi ces thématiques. Chaque année, pendant le Future of work and Inclusive Summit, on fait monter sur scène des personnes de diverses origines et on est obligées d’incarner notre boite pour vendre notre produit.

Le fondateur de toute startup occupe un rôle clef, il construit l’image de marque et prend la parole sur les réseaux sociaux. Mais ça ne s’arrête pas aux entrepreneurs, le personal branding est essentiel même au sein des entreprises : les salariés aussi sont invités à poster sur Twitter et sur LinkedIn, on leur demande ça de plus en plus car ils représentent leur boite et ça sert l’entreprise.

En résumé, pour raconter son histoire, il faut d’abord prendre du recul.

Puis, il faut mettre ses mots, verbaliser ce qu’on ressent, mettre des émotions sur ce qu’on ressent, développer son intelligence émotionnelle et son empathie, et enfin, comprendre sa raison d’être.



M : On parle de plus en plus des “compétences de demain” - ça englobe quoi pour toi ?


R : Ce sont des compétences liées aux nouvelles technologies (Intelligence artificielle, réalité virtuelle...), mais surtout liées aux soft skills car la capacité à apprendre et à réapprendre est cruciale, dont le fait de savoir communiquer. On est dans un monde mouvant impacté par les nouvelles technologies ou par des crises et événements extérieurs, ce qui fait que les compétences évoluent au sein des entreprises.

On a donc besoin de personnes qui savent sortir de leur zone de confort et accepter le changement.

Avant de se lancer dans l’entreprenariat on a chacune travaillé sept ans (chez BNP, en tant qu’avocate et consultante RH) et à 30 ans, on s’est rendu compte que la formation était ennuyante et pas inclusive : qui a envie de se former franchement ? Notre mission, c’est d’assurer l’employabilité de chacun, et on le fait par un ADN pop et ludique, de manière à ce que l’apprenant ait envie de se former et on réintègre des éléments de la sphère privée qu’on remet dans la plateforme. On a travaillé l’expérience d’apprentissage pour que tu aies envie de te former et que tu grandisses.


M : Est-ce que cette nouvelle manière d’apprendre a changé quelque chose ?


R : Le gros challenge des DRH, c’est de former les populations opérationnelles. Autant former des cadres, ce n’est pas très compliqué, ils ont davantage cette culture, ils sont plutôt diplômés… – les salariés n’utilisent pas tant leur CPF (Compte Personnel de Formation). Le challenge, c’est d’intéresser d’autres populations, qui n’ont pas le temps et l’envie, donc le digital est une réponse mais pas la seule. Il y a aussi des contraintes techniques : souvent, ce sont des populations qui n’ont pas de devices professionnels et les RH n’aiment pas trop le fait de passer par leur devices personnels, donc il y a encore plein de choses à faire mais on est parmi les plus actifs. Pour nous, il faut penser à la forme et à l’inclusion. On travaille sur de nouveaux formats pour aller chercher plus de population de terrain.


M : Revenons à ton personal branding. J’observe souvent une confusion entre communication personnelle et communication privée ou à l’inverse une communication “perso” assez impersonnelle. Quelle est ta manière de faire ?


R : Mon personal branding, c’est Kokoroe. Je ne communique pas du tout sur ma vie privée, je n’ai pas envie d’aller là-dessus, aujourd’hui. J’ai envie qu’on retienne deux choses : tout d’abord mon implication et mon engagement à être en quelque sorte un “role model féminin” car je crois qu’il y a encore trop de femmes qui se posent des questions et j’ai envie que plus de femmes se lancent. J’ai aussi envie d’être écoutée sur la vision du learning et du future of work ; la formation est clef car elle permet à chacun de se réinventer et c’est un tremplin pour changer de voie et se réinventer. On est passionnées par ça et on veut donc être identifiées comme des expertes sur les sujets du future of work, de manière ludique. Le personal branding est incontournable pour défendre ce en quoi on croit, ça évolue avec le temps, il faut comprendre son époque et communiquer sur les réseaux sociaux, c’est incontournable.



Merci Raphaëlle !


site web : www.kokoroe.fr